Au cours des dernières mois, les États-Unis et la France – deux autorités qui se sont montrées actives dans la promotion de la cybersécurité – ont publié des rapports sur l’état de la cybercriminalité en 2025. Chaque pays utilise une méthodologie différente : le rapport américain, publié en avril 2026 par le FBI, analyse le type de plaintes déposées auprès de l’Internet Crime Complaint Center (IC3) et se concentre donc sur les crimes signalés par les victimes ; le rapport français, publié en avril 2026 par le Centre d’analyse et de regroupement des cybermenaces du Commandement du ministère de l’Intérieur dans le cyberespace (COMCYBER-MI), s’appuie sur des sources internes et externes et fournit davantage une évaluation des menaces identifiées en matière de cybercriminalité. Néanmoins, les deux rapports mettent en avant des constats similaires, comme la multiplication des fuites de données, des ransomwares, des infractions facilitées par l’usage de crypto-monnaies et des groupes criminels organisés qui ont recours à ces pratiques. Deux préoccupations concernent principalement les entreprises qui peuvent être touchées par des menaces cybers et devraient être prises en compte à leur niveau.
En premier lieu, les deux rapports soulignent la nature de plus en plus internationale de la cybercriminalité et des infractions facilitées par les moyens cyber – non seulement en termes de type de menaces, mais aussi en ce qui concerne les moyens financiers alloués et les actions prises par les autorités. Parmi les dix principales variantes de ransomware citées dans les rapports, la moitié sont identiques : Qilin, INC, Lynx, Akira et Dragon Force. Les deux analyses reflètent également le rôle croissant des cryptomonnaies dans la cybercriminalité, soulignant la dimension mondiale de l’impact financier : aux États-Unis, le FBI indique que la fraude à l’investissement dans les cryptomonnaies a été la « principale source » de pertes financières pour les Américains, avec 7,2 milliards de dollars de dommages signalés ; en France, COMCYBER-MI note que les cryptomonnaies ont « profondément transformé » la cybercriminalité, au-delà des cas de fraude cyber. Face à ces problèmes d’ampleur mondiale, les autorités américaines et françaises font naturellement référence à l’action coordonnée des parquets et des enquêteurs de plusieurs pays. Ainsi, le rapport français mentionne le démantèlement, en coordination avec le FBI, et l’arrestation en France de quatre administrateurs techniques de BreachForums, une plateforme facilitant la vente de données volées. Dans ce contexte, la nature mondiale de la menace et les réponses apportées par les autorités judiciaires doit inciter les entreprises à se préparer à l’échelle mondiale aux incidents cybers, qu’il s’agisse de la gestion des incidents, des enquêtes internes, ou le cas échéant de la collaboration avec les autorités.
En second lieu, les États-Unis et la France attirent l’attention sur un phénomène spécifique : l’infiltration d’entreprises par des employés de Corée du Nord se faisant recruter comme informaticiens afin d’accéder à des données sensibles à exfiltrer ou à des ressources financières à voler. Le FBI rapporte que l’IC3 a identifié des dizaines d’entreprises victimes de ce type de fraude en 2025 ; le gouvernement français relève aussi le lien avec des réseaux de blanchiment d’argent potentiellement plus vastes et des structures liées à des Etats étrangers. Si ce type de schémas frauduleux n’est certainement pas nouveau, il illustre une préoccupation croissante pour les entreprises : l’utilisation de moyens cybers sophistiqués pour mener des actions d’espionnage, parfois sponsorisées par des acteurs étatiques. Pour une entreprise dont les données sont sensibles, ou pour une plateforme de fintech, cela rajoute une dimension aux inquiétudes déjà existantes quant au vol de propriété intellectuelle au profit de concurrents, et accroît la nécessité de disposer d’un volet cyber dans la vérification du profil des employés et la conduite d’enquêtes sur les possibles inconduites de leur part. La ligne identique entre les États-Unis et la France à ce sujet montre qu’il s’agit d’une préoccupation mondiale.
« En 2025, 453 200 atteintes numériques ont ainsi été enregistrées, soit une hausse de 87 % sur les cinq dernières années. 61,9 % des faits ont concerné des atteintes numériques aux biens, 33 % des atteintes numériques aux personnes et 17 600 concernaient des atteintes aux systèmes d’information. 100 700 personnes physiques ont été mises en cause pour des atteintes numériques. »
Cité de: Le Rapport annuel sur la cybercriminalité 2026 est en ligne ! – Gendinfo – Gendarmerie nationale